18.06.2009
Servir la "res-publica"
Etymologiquement, la république est la chose publique. S’engager en politique c’est d’abord être mû, j’espère, par ce désir d’apporter un renouveau, un bien à cette chose publique dont chaque citoyen, en démocratie, a la responsabilité. Nous sommes tous responsables de la cité. Au travers de scrutins électoraux, nous déléguons cette responsabilité à des hommes et des femmes qui sont appelés à nous en rendre compte au quotidien et pas seulement en période électorale. Les élections sont la confirmation ou l’infirmation de la bonne gestion du projet pour lequel nous avons mandaté ces représentants. Gageons qu’ils sont tous, de prime abord, sensibles à l’amélioration du bien commun, des conditions de vie de leurs concitoyens. Ensuite, ce sont les méthodes, les idées, les concepts et leurs mises en œuvre qui changent selon les partis politiques. Cependant, dans notre pays, nous pouvons avoir certains doutes et interrogations, tant l’image qu’ils renvoient, et ce dans l’ensemble de la classe politique, sans exception, est déplorable. Cette piètre image est peut-être la cause de cette désaffection du politique (tant au niveau du nombre d’électeurs qui se rendent aux urnes que du nombre d’adhérents au sein des partis politiques).
Il me semble que le combat d’idées, d’un modèle de société, d’une manière d’être laissé la place à la lutte à qui sera le plus populaire, le plus influent, le plus… C’est au bout d’un moment le pouvoir qui est recherché et non plus le service. Cependant, si nous voulons « refonder » la politique, il est indispensable de retrouver la motion première. C’est par l’exemple que nous pourrons redonner confiance à ceux que nous choisissions de servir. Il s’agit d’un service à rendre et non pas une soif de pouvoir à assouvir.
S’engager en politique, ce n’est pas d’abord partir à la quête d’un mandat. C’est s’inscrire d’abord dans une logique d’adhésion aux principes défendus par la famille politique choisie. C’est accepter le débat ad intra pour le porter sur la place publique. Au sein du parti politique, il est important d’appliquer la même éthique que celle que nous défendons à l’extérieur. Sinon, quelle crédibilité, quel chemin du service de nos concitoyens s’il n’y a pas de dialogue, de respect, de partages des idées ? Cela paraît une vue du monde politique très certainement utopique… Cependant, comment être crédible si le lieu d’apprentissage de la politique, n’est pas empreint de valeurs ? Le réel dit l’inverse : au sein même du parti, les luttes intestines existent. Qu’il y ait des divergences, des modalités différentes de mettre en œuvre les lignes de force, c’est plutôt sain. Mais ce qui apparaît, c’est bien plus faire taire celui qui ne pense pas comme le chef, par peur qu’il prenne la place. Cessons ce jeu de dupe. L’écoute est censée être l’un des fondements de toutes les relations humaines. Apprenons donc, surtout en politique, à écouter la parole de l’autre, même et surtout différente, elle enrichit. C’est le média principal de l’action politique, et par elle nous nous engageons et engageons les autres sur cette parole publique. Si nous ne voulons pas entendre chanter, à la fin de chaque discours, « paroles, paroles, paroles », soyons attentif à sa justesse. Elle doit résonner non seulement en cohérence avec l’action, mais aussi avec les idées.
Même s’il s’agit de l’exercice d’un pouvoir, l’action politique doit être avant tout orientée pleinement vers les autres, et non pas vers une catégorie de personnes. Même si le mandat qui est confié est le fait d’une partie, certes majoritaire, mais une partie seulement des électeurs. Il y a là un discernement à opérer et ne pas oublier la fin pour laquelle de l’élection existe : remplir un service pour le peuple. Il est indispensable d’avoir cela au cœur lorsque l’on s’engage en politique. Ce désir de se mettre au service des autres, de devenir une sorte de levier pour améliorer la vie quotidienne doit allier partage, débat d’idées et action. Ceci dans le respect d’une éthique. Il est inconcevable de faire n’importe quoi pour gagner des voix. Non seulement cela porte atteinte à la dignité de la politique et la décrédibilise, mais porte atteinte surtout à la dignité de l’homme. C’est sur les projets et leurs mises en œuvre que doit se jouer le combat politique.
Ce qui compte aussi, à mon sens, c’est la vérité d’une action associée à celle d’une parole. Celui qui s’engage en politique n’a pas la science infuse et le mandat qui lui a été confié ne lui donne pas une connaissance immanente. D’où l’importance de l’humilité, d’accepter de devoir s’appuyer sur d’autres, sur des collaborateurs, militants ou non, qui peuvent éclairer tel ou tel aspect. C’est une question de crédibilité. Accepter de déléguer, de travailler avec d’autres, de se laisser conseiller, même dans un militantisme de base, atteste que c’est un projet commun qui est porté, que c’est une équipe, une famille de pensée qui veut faire avancer, dans une certaine direction, les affaires publiques. Bien sûr, il faut des leaders, des têtes d’affiches, mais ce n’est pas une course au pouvoir solitaire ou une quelconque conquête du graal pour satisfaire un je ne sais quel nombrilisme. C’est marcher, ensemble, dans une même direction. C’est soutenir celui ou celle qui est « le meilleur d’entre-nous », le « plus apte » à nous représenter.
Porter une responsabilité politique, c’est véritablement entrer dans une démarche de médiation. Non seulement parce que l’on incarne une certaine idée du vivre ensemble pour ceux que nous représentons, mais aussi parce que nous avons à faire du lien. C’est peut-être ce qui manque le plus aussi. Nos concitoyens se plaignent de voir ceux qu’ils ont élus seulement en période de campagne électorale. Même si c’est faux, il demeure que la proximité est essentielle. Elle ne consiste pas seulement en des poignées de main mais dans une écoute véritable. C’est valable pour tout militant politique. Nos concitoyens ont sans doute plus besoin de sentir pris en compte de manière attentive et performative leurs problématiques qu’une pseudo-réponse immédiate et surtout peu pérenne (éviter le « je vous ai compris » suivi d’une non action). C’est une question de confiance, de respect et d’humilité.
Servir la « res-publica », c’est chercher avant tout à promouvoir, à mettre en avant, à soutenir tout ce qui peut améliorer le quotidien de nos concitoyens. Il est nécessaire de prendre de la hauteur et d’avoir en ligne de mire le bien commun, ce qui apportera des conditions aussi optimales que possible en vue d’un véritable vivre ensemble. Malheureusement, c’est trop souvent perçu comme des coups bas, les querelles de personnes, des petites phrases stériles le plus souvent, drôles parfois. Mais tout cela ne donne ni le goût de s’investir, ni de s’intéresser à un véritable débat d’idées. Alors pour redonner le goût de la politique, lui rendre ses lettres de noblesse, il faut que les militants et dirigeants politiques aient au cœur la vertu de l’exemplarité. Il est impératif que les idées prennent définitivement le pas sur tout autre chose qui parasite cette volonté de servir ses concitoyens. Le respect, l’écoute et la bienséance doivent être les maîtres-mots de l’agir en politique. C’est le porche d’une véritable éthique, d’une charte de bonne conduite de l’homme, de la femme politique.
13:26 Publié dans Libres propos, Vie de la cité | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : république, démocratie, etymologie, service, respect, ethique
01.06.2009
Une gratuité ontologique
De même que la justice est l’autre nom de la paix, la confiance est l’autre nom de l’Amour.
Notre société est en crise. Crise économique, crise financière, crise de sens, crise de valeurs, crise... nous pourrions décliner à l'infini les adjectifs autour de la crise. Cette crise touche ainsi toutes les strates de notre quotidien. Peut-être que nous pourrions résumer cette crise en un concept, celui de la course à l'avoir. Nous bâtissons souvent nos vies sur des possessions, nous désirons avoir toujours plus. Plus de pouvoir, plus d'argent, plus, plus et toujours plus. Cette soif d'avoir est peut-être une manière de nous rassurer, tant que nous avons, nous existons et pouvons prouver, aux yeux des autres, le poids de cette existence. Peut-être alors que cette crise peut nous permettre de comprendre qu'il ne s'agit pas de courir toujours plus mais de tâcher de chercher une qualité de vie, une vie qui se déploie davantage dans ce que nous sommes. Nous sommes invités, au risque de perdre notre vie, à passer de l'avoir à l'être.
Comme chrétien, nous pouvons, pour marcher dans cette voie, suivre Jésus au plus près et contempler de quelle manière il agit et fonde sa vie. Dès le début de sa vie publique, lorsqu'il appelle ses disciples, il ne leur promet rien. Jésus invite, propose, suggère. Il est toujours dans la gratuité de la rencontre. « Viens et suis moi », c'est un appel gratuit. Ce n'est pas « Viens et suis moi et je te donnerai un pouvoir, un titre etc... ». L'appel que Jésus fait à ceux qui désirent le suivre vient à l'inverse du récit de son passage au désert. Là, celui que le récit biblique appelle le tentateur, le diabolos (celui qui divise) est dans le donnant-donnant. Jésus lui se situe dans le registre de la gratuité, de la disponibilité totale et entière. Cette dernière est orientée à la mission confiée par le Père, celle d'offrir une vie « en abondance ». Jésus ne cherche jamais à posséder, ni des biens (il est toujours chez les autres), ni ceux qui l'accompagnent. Il ne cesse de renvoyer ses disciples à leur propre liberté, à leur propre responsabilité. Jésus n'oblige jamais. La parabole de l'homme riche en est l'exemple flagrant. Cela peut paraître décevant pour Dieu. Un Dieu qui ne commande pas, qui ne prend pas possession mais qui est tout à l'inverse dans le don, de l'offrande de lui-même. Un Dieu qui va même jusqu'à se mettre à genoux devant ceux qui sont à son école pour les appeler ensuite « amis » et non « serviteurs ». Nous sommes invités, comme chrétien à contempler ce Dieu là, qui ne cesse d'être pleinement ce qu'il est : puissance d'amour et qui ne garde pas celle-ci pour lui mais ne cesse de vouloir que nous l'accueillons pour vivre davantage. Un Dieu qui ne cherche qu'une seule chose que nous prenions, à sa suite, le seul chemin qui vaille en cette vie, celui de l'amour.
Ce chemin d'humanité de Christ parmi nous aurait pu se terminer à la résurrection et mettre un point final, devant cet énième refus par l'homme, du Salut, de cette entreprise d'humanisation de l'homme. Dieu choisit de persister dans son amour, non seulement par la résurrection mais par ses apparitions témoignant, comme une ultime fois, non seulement de la puissance d'Amour du Père mais aussi de la fidélité de sa Parole. Jusqu'à la Pentecôte inclus, Christ demeure dans cette constante de témoignage et de fortification de la confiance de ses amis. C'est un Dieu qui n'abandonne pas son projet, qui tient à ce que l'homme puisse déployer sa vie dans le service de l'autre, qu'il construire son bonheur dans une altérité sans cesse renouvelée.
Avant même sa passion, Christ a tenu à mettre en nos mains son corps et son sang. Rien n'est demandé en échange si ce n'est de faire cela en mémoire de lui. Dieu qui se livre, sous les espèces du pain et du vin, pour qu'à notre tour nous puissions nous livrer. Il ne s'agit pas d'entrer dans une démarche d'esclavage ou de subordination mais dans une démarche du don gratuit aux autres de ce que nous sommes, bien plus que de ce que nous avons. Les possessions n'engagent rien si ce n'est le risque de se faire voler, ou subir la dépréciation du temps ou des marchés. Donner ce que l'on a c'est une bonne chose mais donner ce que l'on est, est bien plus difficile. Cela sous entend tout d'abord de savoir qui nous sommes.
Christ, lui, est l'Etre en plénitude dans toute sa densité et c'est cela qu'il vient nous donner, nous partager dans le même mouvement. Christ ne se donne pas à nous pour que nous le gardions mais pour que nous le partagions. Christ est pain rompu disons-nous. Rompu pour être distribué largement, telle la bonne mesure tassée de l'Évangile. Rompu pour que le fruit de ce don soit démultiplié. L'institution de l'Eucharistie n'est pas assortie d'une récompense. Du commandement de faire mémorial nous sommes libres de le respecter ou non. Il n'y a pas de châtiment divin, ni de récompenses à la clef. C'est à des personnes responsables que Christ s'adresse. Il est une fois de plus dans le registre de la gratuité, de la proposition. Les disciples auraient très bien pu ne pas perpétuer cette demande devant l'échec de la mission de Jésus. Au cœur même de leurs peurs, de leurs incompréhensions dans la reprise de leur travail quotidien il y avait une confiance infinie dans Jésus. Confiance qui dit que tout ce qui avait été vécu ne pouvait pas s'arrêter. Le passage des disciples d'Emmaüs peut en être la cristallisation. Emmaüs nous révèle la force de l'Eucharistie, de ce pain de vie partagé, dans la gratuité de la rencontre. Puisque ce qui fait découvrir aux disciples qui est cet inconnu, c'est la fraction du Pain. Nous découvrons ainsi que ce signe et symbole de l’amour donné gratuitement qu’est l’Eucharistie ne peut se vivre que si nous avons une intime confiance dans celui qui se donne. Avoir confiance en Dieu, c’est reconnaître qu’il est celui en qui nous nous trouvons la force d’être et qu’il est lui-même : « la vie, la croissance et l’être ».
Ainsi pour recevoir la vie de Dieu il faut lui faire confiance. Et lui faire confiance, c’est accepter de faire confiance aux autres. C'est banal mais c'est essentiel. Si la confiance n'est pas de prime abord dans les relations que nous tissons, nous ne pourrons pas compter sur ce que nous sommes, sur ce que nous valons ontologiquement et serons alors obligés de nous reposer sur des choses extérieures, nous servant de faire-valoir.
11:55 Publié dans Libres propos | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : gratuité, ontologique, crise économique, valeurs, jésus, disciple, emmaüs
12.03.2009
Merci la Mission de France
Dans ma note précédente j'évoquai l'excommunication des médecins et de la mère d'un fillette de 9 ans. L'Evêque de la Mission de France et son conseil réagissent :
Non, l’Eglise ne peut en rajouter à la souffrance !
L’évêque de la Mission de France et son Conseil s’associent à la protestation de nombreux catholiques contre la décision de l’archevêque de Récife, au Brésil, d’excommunier une mère et des médecins ayant décidé un avortement pour une fillette de 9 ans violée par son beau-père.
Bien sûr l’avortement est un acte de mort ; il inscrit dans la chair de celles qui l’ont vécu des blessures qui ne se fermeront peut-être jamais. Mais comment se peut-il que devant un tel drame, l’Église se soit manifestée pour juger et condamner plutôt que pour entrer en compassion et reconduire vers la vie ? Comment faire fi de la pratique pastorale traditionnelle de l’Eglise catholique qui est d’écouter les personnes en difficulté, de les accompagner et, en matière morale, de tenir compte du « moindre mal », en particulier dans les situations dramatiques et les cas extrêmes.
Quand on invoque la « loi de Dieu », comment oublier la tendresse de Jésus : « soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » ?
Cette décision abrupte d’excommunier est inacceptable. Elle ne tient compte ni du drame vécu, ni du danger physique et moral encouru par cette enfant.
Nous le disons de toutes nos forces, en ce monde blessé, il nous faut faire surgir des attitudes d’espérance plutôt que d’enfermer dans des condamnations qui trahissent les chemins compatissants de l’amour miséricordieux.
Nous le disons fermement à tous ceux qui sont troublés, nous ne nous reconnaissons pas dans cette mesure et nous demandons qu’elle soit levée le plus vite possible.
+ Yves Patenôtre, évêque de la Mission de France et son Conseil.
14:05 Publié dans Libres propos | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mission de france, patenotre, miséricorde, brésil, retif, archevêquen, excommunication, ouverture
08.03.2009
Incroyable
Je parcours ce matin les nouvelles sur le site du Parisien, via l'Iphone et un article attire mon attention. C'est un fait divers qui se passe au Brésil. Une fillette de 9 ans, violée par son beau-père, est avortée des deux jumeaux qu'elle porte à la demande - bien comprehensible - de sa mère. Jusque là, c'est tragique, incroyable, insoutenable, immonde et les adjectifs sont ici trop peu forts. Je poursuis ma lecture et constate avec effroi que l'équipe médicale et la maman sont frappés d'excommunication par l'évêque du lieu. Certes, bon c'est incroyable mais bon avec l'Eglise, tout est possible (comme avec d'aucuns d'ailleurs...) même et surtout le pire. Et vla que le Vatican par la bouche du cardinal Rey annonce son soutien à l'archevêque. Si ce n'était pas aussi incroyable et si cette histoire n'était si délicate c'est à pouffer de rire. Vous lirez dans l'article que la promotion de la vie passe au-dessus du rapport au réel.
Je m'interroge sur la version de l'Ecriture qu'ils ont au Vatican. Je veux bien qu'ils lisent en grec le texte originel mais il me semble que la phrase : "Ce que vous faîtes au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous le faîtes" existe chez Saint Jean, en grec aussi ! A croire qu'un embryon est plus important que la vie et le devenir d'une fillette de 9 ans. C'est ubuesque quand même comme situation. Nous sommes vraiment en droit de nous demander si l'Esprit souffle à Rome ou s'ils veulent solder les comptes avec les progressistes (remarque avec des décisions comme celà on devient très vite progressiste...) et confier l'Eglise à la branche dure. Où est le bon sens pastoral, où est la raison intelligente et le discernement si chère à cette sainte Eglise ????
En faisant un raccourci et à la lumière des dernières décisions du Pape quant à la levée de l'excommunication des 4 évêques intégristes (qui ne sont pas prêt d'accepter Vatican II...), il est vite fait de penser qu'il vaut mieux mépriser la communion de l'Eglise, insulter le Peuple Juif et la mémoire de l'humanité en assenant des aneries que de vouloir promouvoir le devenir d'une enfant frappée par un geste abject.
Je suis démuni et interrogatif quant à cette Eglise. J'accepte humblement de ne pas avoir toutes les clefs en main et de porter un regard vif sur cette affaire mais bon, tout de même, il y a des limites à la stupidité humaine. Ou alors, Rome est frappé par le principe de Peters... Dans ce cas, réjouissons-nous elle est vraiment en phase avec le monde !
23:30 Publié dans Libres propos | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : vatican, re, sobrihno, avortement, bresil, viol, lula
26.02.2009
Méditation sur l'Eglise
J'emprunte le titre de cet article au très beau livre à Henri cardinal de Lubac, sj écrit dans une autre situation de crise avant le second concile du Vatican. Ouvrage arride mais beau. Mais cet article ne se veut pas l'apanage de cet ouvrage, j'en suis bien incapable.
Notre monde est en crise. Crise économique, crise sociale, crise de sens, crise politique, crise financière... Ce mot est dans toutes les bouches et est décliné selon l'environnement où nous sommes. Dans ces conditions, nous serions tentés de penser que dans ce monde, s'il y avait bien un lieu immuable, un roc infranchissable, une citadelle imprenable.... c'était bien l'Eglise catholique. Tant son discours officiel paraît bien ferme, son pape droit dans ses bottes, et la Curie bien en cour, certaine d'avoir les promesses de vie éternelle. Et voilà qu'un geste de "paternelle miséricorde" produit son inverse. Au lieu de rassurer, de consoler, de réjouir en constatant la volonté de dialogue du Pape avec les disciples de Monseigneur Lefevre, il met en colère un certain nombre de chrétiens, dont des prélats importants, irrités par le manque d'ouverture et de clairvoyance dans ce dossier. Soit ! Que le Pape accorde son pardon et lève une sanction canonique, passe encore, c'est son droit le plus strict, mais qu'il ne vérifie pas, ou que ses services ne l'informent pas, que ce pardon va être donné à une personne négationniste, c'est non seulement hallucinant mais grave. C'est impensable à l'heure d'Internet et lorsque l'on connaît un peu le réseau diplomatique de l'Eglise catholique. Peut-être devrions-nous proposer à Benoît XVI et à ses collaborateurs (sans mauvais jeu de mots) de méditer sur la phrase de Saint Paul dans la première épitre aux corinthiens : "Tout m'est permis, mais tout ne m'est pas profitable" '1Co6, 12).
Ce qui est agaçant, au delà du négationnisme de l'evêque Williamson, c'est cette désagréable impression que c'est toujours aux mêmes que l'on fait des concessions, que l'on ouvre la porte et voir qu'on s'applatit. Après le motu proprio permettant la célébration de la messe selon la forme extraordinaire du rite, la permission donnée aux prêtres de célébrer ce dernier sans en référer à l'évêque du lieu, voilà la levée de l'excommunication. Il y a dans l'Eglise d'autres courants, moins bruyants peut-être, plus obéissant parce qu'ils ont peut-être un sens de la communion plus idéalisé a qui rien n'est permis sauf de se taire. L'ordination des femmes par exemple, Jean-Paul II a remis le dossier aux oubliettes, on en parle plus, fini. Ouvrir le débat sur l'ordination des hommes mariés ou le mariage des prêtres.... celà non plus on en parlera une autre fois tel les athéniens avec Paul à l'aeropage. Pourquoi, il y a t'il deux poids, deux mesures. Je pensais avoir compris que l'Eglise était une et indivisible. Ou bien encore le refus de la communion aux personnes divorcées remariées. (l'Eucharisit est un sacrement de guuérison...). Pourquoi dans ce cas créer des tensions inutiles alors qu'il serait plus utile de mettre notre énergie à la mission et à l'annonce de la joie de croire. Non pas d'une manière prosélyte, en refaisant chrétiens nos frères, mais d'une manière essentiel en étant pleinement ce que nous sommes avec nos comtemporains. N'est-ce pas à celà que nous invitait le Concile Vatican II dans les premières ligne de la Constitution Pastorale sur l'Eglise dans le monde de ce temps (Gaudium et Spes) : "Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur coeur. Leur communauté, en effet, s'édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l'Esprit-Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteurs d'un message de salut qu'il leur faut proposer à tous. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire."
Comme d'autres, je m'inquiète de cette tournure que prend l'Eglise et j'ai du mal à m'y reconnaître. Je me refuse de quitter le bateau, cela serait beaucoup trop simple. Heureusement que l'Eglise ne se réduit à la hierarchie, elle est aussi ce peuple de Dieu en marche, à la rencontre de la bienveillance du Père et de sa tendre miséricorde. Peut-être est-ce une chance, après tout car, pour reprendre les mots de l'ancien préposé général de la Compagnie de Jésus, Pedro Arrupe : "Une crise est une chance, parce qu’elle offre une nouvelle possibilité d’ouverture pour un meilleur service de la mission."
20:15 Publié dans Libres propos | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pape, williamson, ecône, excommunication, mgr lefevre, schisme, latin, benoît xvi, hoyos, rey
21.02.2009
Homo lupus hominis
Il y a des scènes dans certains films qui vous glacent le sang et vous font douter de l'intelligence de l'Homme. Celles-ci tirées du film Joyeux Noël en font partie. Nous seulement les "élites" de l'époque sont sourdes, aveugles mais les autorités écclésiastiques et militaires aussi. De la part des politiques et des militaires, la compréhension est assez facile. Lutte de pouvoir, d'influence, de territoire etc. Et puis la guerre c'est après tout leur métier. Cependant, de la part des écclésiastiques, comme de cet évêque qui sermone - sic - l'aumônier parce qu'il a choisi de célébrer une messe entre parties adverses le soir de Noël et incité à la fraternisation, c'est cauchemardesque.
Nous sommes en décembre 1914, l'Ecriture est tout de même arrivée jusque dans les mains des écclésiastiques et les appels à l'amour du prochain, à le comprendre etc. y sont bien écrit. Peut-être n'avons pas la même lecture de ces textes ? Alors, comment comprendre que ceux qui sont sensés - j'écris bien sensés - appellé à la réconciliation et à la paix entre les peuples se comportent comme des "fils des ténèbres" ? C'est à en perdre sa foi.... en l'Eglise peut-être - si ce n'est déjà fait - et à se réjouir que l'Esprit souffle, Lui, au-delà des sphères institutionnelles comme le prouve le courage de ces capitiane et de ce prêtre dans ce film. La fraternité n'est pas qu'un mot, nous sommes invités à essayer de la vivre et à mettre tout en oeuvre pour respecter, rencontrer, aimer l'autre. C'est un défi, une gageure cependant si chacun d'entre-nous fait un pas vers l'autre, à l'image de ces soldats de 1914, peut-être que la rencontre aura lieu et que nous pourrons, ensemble, batir la paix, une cité plus juste et plus fraternelle. Encore un rêve mais à quoi servirait la vie si nous ne la passions pas à faire que nos rêves deviennent réalité....
10:30 Publié dans Film, Libres propos | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : guerre, paix, aumonier, armée, la der des der, 14-18, fraternité, france, uk, allemage, eglise
30.01.2009
Vous en voulez toujours plus
Peut-être avez vous vu, comme moi, sur les murs de nos ville une publicité pour la DartyBox intitulé : "Vous en voulez toujours plus". Cette publicité au-delà de son aspect mercantile (mais bon ce ne sont pas des philantropes) et agressive dans son design que l'on a du mal à lire m'irrite au plus au point. Simplement, et pardonnez cette tranche de vie, parce que j'ai fait l'erreur de les choisir comme fournisseur d'accès à internet. Quand cela fonctionne, pas de problème, une bonne connexion etc... Mais lorsque, par comble de malchance, votre ligne téléphonique rend l'âme, vous partez pour une aventure.
Depuis le 1er décembre, je passe mon temps avec leur service technique pour qu"ils résolvent mes problèmes de connexion. J'émet de sérieux doute sur leur capaciité de compréhension. J'ai beau leur raconter l'historique - qu'ils voient d'ailleurs a travers les 40 messages suite à mes appels, mais ne prenne pas le temps de les lire - leur apporter une solution simple, apparement cela ne leur suffit pas. A chaque nouveau conseiller, une nouvelle version de l'aide qui va m'être apporté. Je tourne en rond depuis lors . Alors le contrat de confiance, le premier SAV de France etc. je veux bien mais les faits sont là. Je sais bien que c'est France Télecom qui est responsable des lignes. Mais, diantre c'est le boulot du SAV d'activer FT non ?
Alors, avant d'en vouloir toujours plus, je désire juste que connexion fonctionne. Mais, c'est peut-être trop demander...
14:49 Publié dans Libres propos | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : darty, adsl, helpdesk, france telecom
12.11.2008
Agacement
C'est avec un certain agacement que je lis ici ou là la nomination de Pierre N'Gahane comme préfet des Alpes-de-Hautes-Provence. Je n'ai rien contre cet homme, que je n'ai pas l'honneur de connaître. Cependant, ce qui m'hirisse le poil (à gratter lol) c'est que l'on proclamme haut et fort qu'il est originaire du Cameroun et d'origine africaine. Bien, j'en suis fort aise mais sous prétexte d'Obamania, il faut absolument faire sortir du lot un "noir" comme une autre fois un préfet musulman. Lorsque l'on nomme un préfet est-ce que son origine et sa religion sont mis en exergue. Je ne le pense pas.
Ce qui importe c'est que ce serviteur de l'Etat ait les compétences et les qualités requises pour assumer les fonctions pour lesquelles il vient d'être nommé. C'est le cas pour Pierre N'Gahane et je m'en réjoui comme je me contrefiche de savoir d'où il vient. Quand arrêterons-nous démagogie et de prendre le peuple pour des moutons. C'est positif de constater que la France est riche de sa diversité mais nous n'avons pas attendu l'élection de Barack Obama pour le savoir. Ouvrons les yeux, même si au plus du haut de l'Etat il n'y a pas grande diversité, dans la société que nous fréquentons tous les jours nous en sommes témoins.
Egalement, arrêtons de vouloir mesurer la valeur d'un homme à ses études, sa couleur de peau, sa manière de parler c'est véritablement discriminatoire. Ce qui fait la valeur d'un homme c'est tout simplement (enfin simplement...) qu'il est un autre, un vis-à-vis, une personne avec qui le dialogue est possible et non un ennemi ou un concurent.
Ras le bol de ce foutage de gueule et vive l'Humanisme (mettre l'homme au coeur de la réflexion et de l'action)
23:42 Publié dans Libres propos | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pierre n'gahane, discrimination positive, obama, alpes de hautes provence, prefet
29.10.2008
Frère du chemin
La crise financière qui sévit actuellement, cristallise autour de l'avoir. Comme cette question du travail du dimanche (faut-il tout le temps consommer, faut-il tout le temps faire la même chose). En fait, le problème de fond est celui de la gratuité. Problème essentiel de notre société qui cherche davantage le pouvoir, la main mise, le profit avant de chercher à Etre. Nous vivons véritablement une crise de l'être. Nous ne nous posons pas forcement les bonnes questions ou nous nous refusons peut-être tout simplement de nous les poser. Faut-il sans cesse courir après le temps, faut-il amplifier notre temps de travail, pour amplifier notre porte-monnaie ? (mon oeil...) ou le travail peut-il nous aider à être. Car certes c'est une activité économique mais c'est aussi un lieu de rencontre, un lieu de vie, un lieu qui nous donne de nous réaliser et de develloper notre humanité.
"La Vie c'est peu de temps pour apprendre à aimer" nous dit l'Abbé Pierre. Et si cette apprentissage nous le faisions davantage à la recherche de ce que nous sommes et pas de ce que nous pouvons avoir ? Et si nous nous souvenions de cette joie d'être ensemble, tout simplement ensemble, avec ceux que nous aimons du plus profond de notre être. Ceux pour qui nous franchirons les obstacles pour courir à leur rencontre, ceux pour qui la distance ne compte pas. Simplement parce qu'AIMER C'EST ETRE et qu'il n'y a pas de plus grand bonheur que d'être avec, tout simplement. Un regard, une présence, un sourire, même un fou rire autour de plaisanteries apparement puéribles font plus chauds au coeur que des monceaux d'or et d'argent. Oui c'est Etre qui compte, Etre avec, pour ne cesser de devenir soi puisque, une fois de plus, je martelle, encore et toujours que ce sont les autres qui vous font devenir ce que vous êtes. Ne cherchons pas plus loin, le secret du bonheur, ne cherchons pas plus loin ce qui peut nous rendre heureux. Simplement, savoir, non par l'intelligence de l'esprit, mais par celle du coeur, qu'il y a quelque part, quelques un(e)s qui vous aiment et que vous aimez.
Cet amour mutuel, partagé, échangé, multiplié n'est pas un hasard mais une rencontre. Rencontre qui ne cesse de nous faire être, rencontre qui nous fait savourer tout ce qui fait cette histoire batie au fil de la vie. J'ai la certitude qu'il n'y a pas de plus belle manière d'être dans cette vie que d'être, tout simplement, au quotidien, FRERE (ou SOEUR) DU CHEMIN.
21:15 Publié dans Hommages, Libres propos | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : fraternité, rencontre, hasard, chemin, crise financière, emmaüs
12.10.2008
Etre...
La question fondamentale dans la vie est de savoir qui l'on est. Il est parfois plus facile de répondre par la négative et de définir ce que je ne suis pas, mais cela ne répond pas à la question (encore un dialogue qui se termine par un silence...). La vie, au fil du temps qui passe, nous a plus ou moins bosselé, nous arrivons donc avec nos blessures, nos faiblesses, nos failles. C'est ainsi, nous n'y pouvons rien pour nous, mais nous pouvons nous efforcer de ne pas être volontairement pour les autres des blesseurs, des bosseleurs. Notre caractère se forge petit à petit, il est fait de ce que nous sommes.
Nous ne serons jamais que ce que nous sommes, c'est une jolie totologie. Arrêtons de jouer à cache,-cache à porter des masques pour faire beau, pour faire comme si, arretons aussi de faire mal pour le plasir de faire mal, c'est pas très utile et çà blesse surtout l'autre. Quelle est l'utilité ? Aucune. Apprenons à accepter l'autre comme il est, avec ses questionnements, avec ce qui fait qu'il est lui, sachons entendre ce qu'il a à nous dire. J'en ai plus que ras le bol de cette sainte ignorance, de ces silences et sourires polis qu'on se lance ou qu'on se laisse. Apprenons à oser dire ce que l'on porte comme vérité, comme désir, comme besoin de la présence de l'autre, même de sa non présence. Arrêtons l'hypocrises par pitié, ne cessons pas de devenir ce que nous sommes en profondeur.
Quand arrêterons-nous de nous mentir, de mentir aux autres ? Quand arrêterons-nous de fuir devant ce qui nous interroge ou ce qui nous fait peur ? Quand oserons-nous briser le silence pour porter une parole qui construit, réchauffe et qui fait la différence? Quand oserons-nous être pleinement ce que nous sommes, porteurs tout autant que nous sommes de nos failles, faiblesses ou autres défauts et de nos quelques qualités (tous le monde en a)? Apprenons jour après jour à nous assumer tel que nous sommes et pleinement ce que nous sommes. Espérons (toujours et encore l'espérance) que ce jour viendra prochainement, cela deviendra un facilitateur de relations humaines, cela nous donnera de bâtir un monde plus juste et plus fraternell Je sais, je rêve mais bon d'autres avant moi on rêvé que les noirs et les blancs pourraient monter dans le même bus et c'est devenu réalité...
Devenons ENFIN des hommes et des femmes pour les autres, debouts prêts à rendre compte de l'ESPERANCE qui est en eux. C'est mon rêve que l'honneté, l'authenticité, la générosité deviennent la charte du vivre ensemble de notre monde. Idéaliste très certainement, utopiste peut-être mais voilà mon rêve. Tant pis s'il ne se réalise pas, je pourrai reprendre cette fameuse finale de Musset (acte II, sc 5), dans "On ne badine pas avec l'Amour:" J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois ; c'est moi qui est aimé et non pas un être factice crée par mon orgeuil et mon ennui"
Et puis si mon article, vous ennui, un peu de musique qui adoucit les moeurs... a ce qu'il paraît !
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