12.03.2009

Merci la Mission de France

Dans ma note précédente j'évoquai l'excommunication des médecins et de la mère d'un fillette de 9 ans. L'Evêque de la Mission de France et son conseil réagissent :

 

Non, l’Eglise ne peut en rajouter à la souffrance !

 

 

logo_mdf.gifL’évêque de la Mission de France et son Conseil s’associent à la protestation de nombreux catholiques contre la décision de l’archevêque de Récife, au Brésil, d’excommunier une mère et des médecins ayant décidé un avortement pour une fillette de 9 ans violée par son beau-père.


Bien sûr l’avortement est un acte de mort ; il inscrit dans la chair de celles qui l’ont vécu des blessures qui ne se fermeront peut-être jamais. Mais comment se peut-il que devant un tel drame, l’Église se soit manifestée pour juger et condamner plutôt que pour entrer en compassion et reconduire vers la vie ? Comment faire fi de la pratique pastorale traditionnelle de l’Eglise catholique qui est d’écouter les personnes en difficulté, de les accompagner et, en matière morale, de tenir compte du « moindre mal », en particulier dans les situations dramatiques et les cas extrêmes.

Quand on invoque la « loi de Dieu », comment oublier la tendresse de Jésus : « soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » ?


Cette décision abrupte d’excommunier est inacceptable. Elle ne tient compte ni du drame vécu, ni du danger physique et moral encouru par cette enfant.

 

Nous le disons de toutes nos forces, en ce monde blessé, il nous faut faire surgir des attitudes d’espérance plutôt que d’enfermer dans des condamnations qui trahissent les chemins compatissants de l’amour miséricordieux.

Nous le disons fermement à tous ceux qui sont troublés, nous ne nous reconnaissons pas dans cette mesure et nous demandons qu’elle soit levée le plus vite possible.


 

+ Yves Patenôtre, évêque de la Mission de France et son Conseil.

 

08.03.2009

Incroyable

Je parcours ce matin les nouvelles sur le site du Parisien, via l'Iphone et un article attire mon attention. C'est un fait divers qui se passe au Brésil. Une fillette de 9 ans, violée par son beau-père, est avortée des deux jumeaux qu'elle porte à la demande - bien comprehensible - de sa mère. Jusque là, c'est tragique, incroyable, insoutenable, immonde et les adjectifs sont ici trop peu forts. Je poursuis ma lecture et constate avec effroi que l'équipe médicale et la maman sont frappés d'excommunication par l'évêque du lieu. Certes, bon c'est incroyable mais bon avec l'Eglise, tout est possible (comme avec d'aucuns d'ailleurs...) même et surtout le pire. Et vla que le Vatican par la bouche du cardinal Rey annonce son soutien à l'archevêque. Si ce n'était pas aussi incroyable et si cette histoire n'était si délicate c'est à pouffer de rire. Vous lirez dans l'article que la promotion de la vie passe au-dessus du rapport au réel.

Je m'interroge sur la version de l'Ecriture qu'ils ont au Vatican. Je veux bien qu'ils lisent en grec le texte originel mais il me semble que la phrase : "Ce que vous faîtes au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous le faîtes" existe chez Saint Jean, en grec aussi  ! A croire qu'un embryon est plus important que la vie et le devenir d'une fillette de 9 ans. C'est ubuesque quand même comme situation. Nous sommes vraiment en droit de nous demander si l'Esprit souffle à Rome ou s'ils veulent solder les comptes avec les progressistes (remarque avec des décisions comme celà on devient très vite progressiste...) et confier l'Eglise à la branche dure. Où est le bon sens pastoral, où est la raison intelligente et le discernement si chère à cette sainte Eglise ????

En faisant un raccourci et à la lumière des dernières décisions du Pape quant à la levée de l'excommunication des 4 évêques intégristes (qui ne sont pas prêt d'accepter Vatican II...), il est vite fait de penser qu'il vaut mieux mépriser la communion de l'Eglise, insulter le Peuple Juif et la mémoire de l'humanité en assenant des aneries que de vouloir promouvoir le devenir d'une enfant frappée par un geste abject.

Je suis démuni et interrogatif quant à cette Eglise. J'accepte humblement de ne pas avoir toutes les clefs en main et de porter un regard vif sur cette affaire mais bon, tout de même, il y a des limites à la stupidité humaine. Ou alors, Rome est frappé par le principe de Peters... Dans ce cas, réjouissons-nous elle est vraiment en phase avec le monde !

26.02.2009

Méditation sur l'Eglise



J'emprunte le titre de cet article au très beau livre à Henri cardinal de Lubac, sj écrit dans une autre situation de crise avant le second concile du Vatican. Ouvrage arride mais beau. Mais cet article ne se veut pas l'apanage de cet ouvrage, j'en suis bien incapable.

Notre monde est en crise. Crise économique, crise sociale, crise de sens, crise politique, crise financière... Ce mot est dans toutes les bouches et est décliné selon l'environnement où nous sommes. Dans ces conditions, nous serions tentés de penser que  dans ce monde, s'il y avait bien un lieu immuable, un roc infranchissable, une citadelle imprenable.... c'était bien l'Eglise catholique. Tant son discours officiel paraît bien ferme, son pape droit dans ses bottes, et la Curie bien en cour, certaine d'avoir les promesses de vie éternelle. Et voilà qu'un geste de "paternelle miséricorde" produit son inverse. Au lieu de rassurer, de consoler, de réjouir en constatant la volonté de dialogue du Pape avec les disciples de Monseigneur Lefevre, il met en colère un certain nombre de chrétiens, dont des prélats importants, irrités par le manque d'ouverture et de clairvoyance dans ce dossier. Soit ! Que le Pape accorde son pardon et lève une sanction canonique, passe encore, c'est son droit le plus strict, mais qu'il ne vérifie pas, ou que ses services ne l'informent pas, que ce pardon va être donné à une personne négationniste, c'est non seulement hallucinant mais grave. C'est impensable à l'heure d'Internet et lorsque l'on connaît un peu le réseau diplomatique de l'Eglise catholique. Peut-être devrions-nous proposer à Benoît XVI et à ses collaborateurs (sans mauvais jeu de mots) de méditer sur la phrase de Saint Paul dans la première épitre aux corinthiens : "Tout m'est permis, mais tout ne m'est pas profitable" '1Co6, 12).

Ce qui est agaçant, au delà du négationnisme de l'evêque Williamson, c'est cette désagréable impression que c'est toujours aux mêmes que l'on fait des concessions, que l'on ouvre la porte et voir qu'on s'applatit. Après le motu proprio permettant la célébration de la messe selon la forme extraordinaire du rite, la permission donnée aux prêtres de célébrer ce dernier sans en référer à l'évêque du lieu, voilà la levée de l'excommunication. Il y a dans l'Eglise d'autres courants, moins bruyants peut-être, plus obéissant parce qu'ils ont peut-être un sens de la communion plus idéalisé a qui rien n'est permis sauf de se taire. L'ordination des femmes par exemple, Jean-Paul II a remis le dossier aux oubliettes, on en parle plus, fini. Ouvrir le débat sur l'ordination des hommes mariés ou le mariage des prêtres.... celà non plus on en parlera une autre fois tel les athéniens avec Paul à l'aeropage. Pourquoi, il y a t'il deux poids, deux mesures. Je pensais avoir compris que l'Eglise était une et indivisible. Ou bien encore le refus de la communion aux personnes divorcées remariées. (l'Eucharisit est un  sacrement de guuérison...). Pourquoi dans ce cas créer des tensions inutiles alors qu'il serait plus utile de mettre notre énergie à la mission et à l'annonce de la joie de croire. Non pas d'une manière prosélyte, en refaisant chrétiens nos frères, mais d'une manière essentiel en étant pleinement ce que nous sommes avec nos comtemporains. N'est-ce pas à celà que nous invitait le Concile Vatican II dans les premières ligne de la Constitution Pastorale sur l'Eglise dans le monde de ce temps (Gaudium et Spes) : "Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur coeur. Leur communauté, en effet, s'édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l'Esprit-Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteurs d'un message de salut qu'il leur faut proposer à tous. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire."

Comme d'autres, je m'inquiète de cette tournure que prend l'Eglise et j'ai du mal à m'y reconnaître. Je me refuse de quitter le bateau, cela serait beaucoup trop simple. Heureusement que l'Eglise ne se réduit à la hierarchie, elle est aussi ce peuple de Dieu en marche, à la rencontre de la bienveillance du Père et de sa tendre miséricorde. Peut-être est-ce une chance, après tout car, pour reprendre les mots de l'ancien préposé général de la Compagnie de Jésus, Pedro Arrupe : "Une crise est une chance, parce qu’elle offre une nouvelle possibilité d’ouverture pour un meilleur service de la mission."

21.02.2009

Homo lupus hominis

Il y a des scènes dans certains films qui vous glacent le sang et vous font douter de l'intelligence de l'Homme. Celles-ci tirées du film Joyeux Noël en font partie. Nous seulement les "élites" de l'époque sont sourdes, aveugles mais les autorités écclésiastiques et militaires aussi. De la part des politiques et des militaires, la compréhension est assez facile. Lutte de pouvoir, d'influence, de territoire etc. Et puis la guerre c'est après tout leur métier. Cependant, de la part des écclésiastiques, comme de cet évêque qui sermone - sic - l'aumônier parce qu'il a choisi de célébrer une messe entre parties adverses le soir de Noël et incité à la fraternisation, c'est cauchemardesque.

Nous sommes en décembre 1914, l'Ecriture est tout de même arrivée jusque dans les mains des écclésiastiques et les appels à l'amour du prochain, à le comprendre etc. y sont bien écrit. Peut-être n'avons pas la même lecture de ces textes ? Alors, comment comprendre que ceux qui sont sensés - j'écris bien sensés - appellé à la réconciliation et à la paix entre les peuples se comportent comme des "fils des ténèbres" ? C'est à en perdre sa foi.... en l'Eglise peut-être - si ce n'est déjà fait - et à se réjouir que l'Esprit souffle, Lui, au-delà des sphères institutionnelles comme le prouve le courage de ces capitiane et de ce prêtre dans ce film. La fraternité n'est pas qu'un mot, nous sommes invités à essayer de la vivre et à mettre tout en oeuvre pour respecter, rencontrer, aimer l'autre. C'est un défi, une gageure cependant si chacun d'entre-nous fait un pas vers l'autre, à l'image de ces soldats de 1914, peut-être que la rencontre aura lieu et que nous pourrons, ensemble, batir la paix, une cité plus juste et plus fraternelle. Encore un rêve mais à quoi servirait la vie si nous ne la passions pas à faire que nos rêves deviennent réalité....