18.06.2009

Servir la "res-publica"

Etymologiquement, la république est la chose publique. S’engager en politique c’est d’abord être mû, j’espère, par ce désir d’apporter un renouveau, un bien à cette chose publique dont chaque citoyen, en démocratie, a la responsabilité. Nous sommes tous responsables de la cité. Au travers de scrutins électoraux, nous déléguons cette responsabilité à des hommes et des femmes qui sont appelés à nous en rendre compte au quotidien et pas seulement en période électorale. Les élections sont la confirmation ou l’infirmation de la bonne gestion du projet pour lequel nous avons mandaté ces représentants. Gageons qu’ils sont tous, de prime abord, sensibles à l’amélioration du bien commun, des conditions de vie de leurs concitoyens. Ensuite, ce sont les méthodes, les idées, les concepts et leurs mises en œuvre qui changent selon les partis politiques. Cependant, dans notre pays, nous pouvons avoir certains doutes et interrogations, tant l’image qu’ils renvoient, et ce dans l’ensemble de la classe politique, sans exception, est déplorable. Cette piètre image est peut-être la cause de cette désaffection du politique (tant au niveau du nombre d’électeurs qui se rendent aux urnes que du nombre d’adhérents au sein des partis politiques).


Il me semble que le combat d’idées, d’un modèle de société, d’une manière d’être laissé la place à la lutte à qui sera le plus populaire, le plus influent, le plus… C’est au bout d’un moment le pouvoir qui est recherché et non plus le service. Cependant, si nous voulons « refonder » la politique, il est indispensable de retrouver la motion première. C’est par l’exemple que nous pourrons redonner confiance à ceux que nous choisissions de servir. Il s’agit d’un service à rendre et non pas une soif de pouvoir à assouvir.

S’engager en politique, ce n’est pas d’abord partir à la quête d’un mandat. C’est s’inscrire d’abord dans une logique d’adhésion aux principes défendus par la famille politique choisie. C’est accepter le débat ad intra pour le porter sur la place publique. Au sein du parti politique, il est important d’appliquer la même éthique que celle que nous défendons à l’extérieur. Sinon, quelle crédibilité, quel chemin du service de nos concitoyens s’il n’y a pas de dialogue, de respect, de partages des idées ? Cela paraît une vue du monde politique très certainement utopique… Cependant, comment être crédible si le lieu d’apprentissage de la politique, n’est pas empreint de valeurs ? Le réel dit l’inverse : au sein même du parti, les luttes intestines existent. Qu’il y ait des divergences, des modalités différentes de mettre en œuvre les lignes de force, c’est plutôt sain. Mais ce qui apparaît, c’est bien plus faire taire celui qui ne pense pas comme le chef, par peur qu’il prenne la place. Cessons ce jeu de dupe. L’écoute est censée être l’un des fondements de toutes les relations humaines. Apprenons donc, surtout en politique, à écouter la parole de l’autre, même et surtout différente, elle enrichit. C’est le média principal de l’action politique, et par elle nous nous engageons et engageons les autres sur cette parole publique. Si nous ne voulons pas entendre chanter, à la fin de chaque discours, « paroles, paroles, paroles », soyons attentif à sa justesse. Elle doit résonner non seulement en cohérence avec l’action, mais aussi avec les idées.

Même s’il s’agit de l’exercice d’un pouvoir, l’action politique doit être avant tout orientée pleinement vers les autres, et non pas vers une catégorie de personnes. Même si le mandat qui est confié est le fait d’une partie, certes majoritaire, mais une partie seulement des électeurs. Il y a là un discernement à opérer et ne pas oublier la fin pour laquelle de l’élection existe : remplir un service pour le peuple. Il est indispensable d’avoir cela au cœur lorsque l’on s’engage en politique. Ce désir de se mettre au service des autres, de devenir une sorte de levier pour améliorer la vie quotidienne doit allier partage, débat d’idées et action. Ceci dans le respect d’une éthique. Il est inconcevable de faire n’importe quoi pour gagner des voix. Non seulement cela porte atteinte à la dignité de la politique et la décrédibilise, mais porte atteinte surtout à la dignité de l’homme. C’est sur les projets et leurs mises en œuvre que doit se jouer le combat politique.

Ce qui compte aussi, à mon sens, c’est la vérité d’une action associée à celle d’une parole. Celui qui s’engage en politique n’a pas la science infuse et le mandat qui lui a été confié ne lui donne pas une connaissance immanente. D’où l’importance de l’humilité, d’accepter de devoir s’appuyer sur d’autres, sur des collaborateurs, militants ou non, qui peuvent éclairer tel ou tel aspect. C’est une question de crédibilité. Accepter de déléguer, de travailler avec d’autres, de se laisser conseiller, même dans un militantisme de base, atteste que c’est un projet commun qui est porté, que c’est une équipe, une famille de pensée qui veut faire avancer, dans une certaine direction, les affaires publiques. Bien sûr, il faut des leaders, des têtes d’affiches, mais ce n’est pas une course au pouvoir solitaire ou une quelconque conquête du graal pour satisfaire un je ne sais quel nombrilisme. C’est marcher, ensemble, dans une même direction. C’est soutenir celui ou celle qui est « le meilleur d’entre-nous », le « plus apte » à nous représenter.

Porter une responsabilité politique, c’est véritablement entrer dans une démarche de médiation. Non seulement parce que l’on incarne une certaine idée du vivre ensemble pour ceux que nous représentons, mais aussi parce que nous avons à faire du lien. C’est peut-être ce qui manque le plus aussi. Nos concitoyens se plaignent de voir ceux qu’ils ont élus seulement en période de campagne électorale. Même si c’est faux, il demeure que la proximité est essentielle. Elle ne consiste pas seulement en des poignées de main mais dans une écoute véritable. C’est valable pour tout militant politique. Nos concitoyens ont sans doute plus besoin de sentir pris en compte de manière attentive et performative leurs problématiques qu’une pseudo-réponse immédiate et surtout peu pérenne (éviter le « je vous ai compris » suivi d’une non action). C’est une question de confiance, de respect et d’humilité.


Servir la « res-publica », c’est chercher avant tout à promouvoir, à mettre en avant, à soutenir tout ce qui peut améliorer le quotidien de nos concitoyens. Il est nécessaire de prendre de la hauteur et d’avoir en ligne de mire le bien commun, ce qui apportera des conditions aussi optimales que possible en vue d’un véritable vivre ensemble. Malheureusement, c’est trop souvent perçu comme des coups bas, les querelles de personnes, des petites phrases stériles le plus souvent, drôles parfois. Mais tout cela ne donne ni le goût de s’investir, ni de s’intéresser à un véritable débat d’idées. Alors pour redonner le goût de la politique, lui rendre ses lettres de noblesse, il faut que les militants et dirigeants politiques aient au cœur la vertu de l’exemplarité. Il est impératif que les idées prennent définitivement le pas sur tout autre chose qui parasite cette volonté de servir ses concitoyens. Le respect, l’écoute et la bienséance doivent être les maîtres-mots de l’agir en politique. C’est le porche d’une véritable éthique, d’une charte de bonne conduite de l’homme, de la femme politique.

01.06.2009

Une gratuité ontologique

De même que la justice est l’autre nom de la paix, la confiance est l’autre nom de l’Amour.

Notre société est en crise. Crise économique, crise financière, crise de sens, crise de valeurs, crise... nous pourrions décliner à l'infini les adjectifs autour de la crise. Cette crise touche ainsi toutes les strates de notre quotidien. Peut-être que nous pourrions résumer cette crise en un concept, celui de la course à l'avoir. Nous bâtissons souvent nos vies sur des possessions, nous désirons avoir toujours plus. Plus de pouvoir, plus d'argent, plus, plus et toujours plus. Cette soif d'avoir est peut-être une manière de nous rassurer, tant que nous avons, nous existons et pouvons prouver, aux yeux des autres, le poids de cette existence. Peut-être alors que cette crise peut nous permettre de comprendre qu'il ne s'agit pas de courir toujours plus mais de tâcher de chercher une qualité de vie, une vie qui se déploie davantage dans ce que nous sommes. Nous sommes invités, au risque de perdre notre vie, à passer de l'avoir à l'être.

Comme chrétien, nous pouvons, pour marcher dans cette voie, suivre Jésus au plus près et contempler de quelle manière il agit et fonde sa vie. Dès le début de sa vie publique, lorsqu'il appelle ses disciples, il ne leur promet rien. Jésus invite, propose, suggère. Il est toujours dans la gratuité de la rencontre. « Viens et suis moi », c'est un appel gratuit. Ce n'est pas « Viens et suis moi et je te donnerai un pouvoir, un titre etc... ». L'appel que Jésus fait à ceux qui désirent le suivre vient à l'inverse du récit de son passage au désert. Là, celui que le récit biblique appelle le tentateur, le diabolos (celui qui divise) est dans le donnant-donnant. Jésus lui se situe dans le registre de la gratuité, de la disponibilité totale et entière. Cette dernière est orientée à la mission confiée par le Père, celle d'offrir une vie « en abondance ». Jésus ne cherche jamais à posséder, ni des biens (il est toujours chez les autres), ni ceux qui l'accompagnent. Il ne cesse de renvoyer ses disciples à leur propre liberté, à leur propre responsabilité. Jésus n'oblige jamais. La parabole de l'homme riche en est l'exemple flagrant. Cela peut paraître décevant pour Dieu. Un Dieu qui ne commande pas, qui ne prend pas possession mais qui est tout à l'inverse dans le don, de l'offrande de lui-même. Un Dieu qui va même jusqu'à se mettre à genoux devant ceux qui sont à son école pour les appeler ensuite « amis » et non « serviteurs ». Nous sommes invités, comme chrétien à contempler ce Dieu là, qui ne cesse d'être pleinement ce qu'il est : puissance d'amour et qui ne garde pas celle-ci pour lui mais ne cesse de vouloir que nous l'accueillons pour vivre davantage. Un Dieu qui ne cherche qu'une seule chose que nous prenions, à sa suite, le seul chemin qui vaille en cette vie, celui de l'amour.

Ce chemin d'humanité de Christ parmi nous aurait pu se terminer à la résurrection et mettre un point final, devant cet énième refus par l'homme, du Salut, de cette entreprise d'humanisation de l'homme. Dieu choisit de persister dans son amour, non seulement par la résurrection mais par ses apparitions témoignant, comme une ultime fois, non seulement de la puissance d'Amour du Père mais aussi de la fidélité de sa Parole. Jusqu'à la Pentecôte inclus, Christ demeure dans cette constante de témoignage et de fortification de la confiance de ses amis. C'est un Dieu qui n'abandonne pas son projet, qui tient à ce que l'homme puisse déployer sa vie dans le service de l'autre, qu'il construire son bonheur dans une altérité sans cesse renouvelée.

Avant même sa passion, Christ a tenu à mettre en nos mains son corps et son sang. Rien n'est demandé en échange si ce n'est de faire cela en mémoire de lui. Dieu qui se livre, sous les espèces du pain et du vin, pour qu'à notre tour nous puissions nous livrer. Il ne s'agit pas d'entrer dans une démarche d'esclavage ou de subordination mais dans une démarche du don gratuit aux autres de ce que nous sommes, bien plus que de ce que nous avons. Les possessions n'engagent rien si ce n'est le risque de se faire voler, ou subir la dépréciation du temps ou des marchés. Donner ce que l'on a c'est une bonne chose mais donner ce que l'on est, est bien plus difficile. Cela sous entend tout d'abord de savoir qui nous sommes.

Christ, lui, est l'Etre en plénitude dans toute sa densité et c'est cela qu'il vient nous donner, nous partager dans le même mouvement. Christ ne se donne pas à nous pour que nous le gardions mais pour que nous le partagions. Christ est pain rompu disons-nous. Rompu pour être distribué largement, telle la bonne mesure tassée de l'Évangile. Rompu pour que le fruit de ce don soit démultiplié. L'institution de l'Eucharistie n'est pas assortie d'une récompense. Du commandement de faire mémorial nous sommes libres de le respecter ou non. Il n'y a pas de châtiment divin, ni de récompenses à la clef. C'est à des personnes responsables que Christ s'adresse. Il est une fois de plus dans le registre de la gratuité, de la proposition. Les disciples auraient très bien pu ne pas perpétuer cette demande devant l'échec de la mission de Jésus. Au cœur même de leurs peurs, de leurs incompréhensions dans la reprise de leur travail quotidien il y avait une confiance infinie dans Jésus. Confiance qui dit que tout ce qui avait été vécu ne pouvait pas s'arrêter. Le passage des disciples d'Emmaüs peut en être la cristallisation. Emmaüs nous révèle la force de l'Eucharistie, de ce pain de vie partagé, dans la gratuité de la rencontre. Puisque ce qui fait découvrir aux disciples qui est cet inconnu, c'est la fraction du Pain. Nous découvrons ainsi que ce signe et symbole de l’amour donné gratuitement qu’est l’Eucharistie ne peut se vivre que si nous avons une intime confiance dans celui qui se donne. Avoir confiance en Dieu, c’est reconnaître qu’il est celui en qui nous nous trouvons la force d’être et qu’il est lui-même : « la vie, la croissance et l’être ».

Ainsi pour recevoir la vie de Dieu il faut lui faire confiance. Et lui faire confiance, c’est accepter de faire confiance aux autres. C'est banal mais c'est essentiel. Si la confiance n'est pas de prime abord dans les relations que nous tissons, nous ne pourrons pas compter sur ce que nous sommes, sur ce que nous valons ontologiquement et serons alors obligés de nous reposer sur des choses extérieures, nous servant de faire-valoir.

12.03.2009

Merci la Mission de France

Dans ma note précédente j'évoquai l'excommunication des médecins et de la mère d'un fillette de 9 ans. L'Evêque de la Mission de France et son conseil réagissent :

 

Non, l’Eglise ne peut en rajouter à la souffrance !

 

 

logo_mdf.gifL’évêque de la Mission de France et son Conseil s’associent à la protestation de nombreux catholiques contre la décision de l’archevêque de Récife, au Brésil, d’excommunier une mère et des médecins ayant décidé un avortement pour une fillette de 9 ans violée par son beau-père.


Bien sûr l’avortement est un acte de mort ; il inscrit dans la chair de celles qui l’ont vécu des blessures qui ne se fermeront peut-être jamais. Mais comment se peut-il que devant un tel drame, l’Église se soit manifestée pour juger et condamner plutôt que pour entrer en compassion et reconduire vers la vie ? Comment faire fi de la pratique pastorale traditionnelle de l’Eglise catholique qui est d’écouter les personnes en difficulté, de les accompagner et, en matière morale, de tenir compte du « moindre mal », en particulier dans les situations dramatiques et les cas extrêmes.

Quand on invoque la « loi de Dieu », comment oublier la tendresse de Jésus : « soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » ?


Cette décision abrupte d’excommunier est inacceptable. Elle ne tient compte ni du drame vécu, ni du danger physique et moral encouru par cette enfant.

 

Nous le disons de toutes nos forces, en ce monde blessé, il nous faut faire surgir des attitudes d’espérance plutôt que d’enfermer dans des condamnations qui trahissent les chemins compatissants de l’amour miséricordieux.

Nous le disons fermement à tous ceux qui sont troublés, nous ne nous reconnaissons pas dans cette mesure et nous demandons qu’elle soit levée le plus vite possible.


 

+ Yves Patenôtre, évêque de la Mission de France et son Conseil.

 

08.03.2009

Incroyable

Je parcours ce matin les nouvelles sur le site du Parisien, via l'Iphone et un article attire mon attention. C'est un fait divers qui se passe au Brésil. Une fillette de 9 ans, violée par son beau-père, est avortée des deux jumeaux qu'elle porte à la demande - bien comprehensible - de sa mère. Jusque là, c'est tragique, incroyable, insoutenable, immonde et les adjectifs sont ici trop peu forts. Je poursuis ma lecture et constate avec effroi que l'équipe médicale et la maman sont frappés d'excommunication par l'évêque du lieu. Certes, bon c'est incroyable mais bon avec l'Eglise, tout est possible (comme avec d'aucuns d'ailleurs...) même et surtout le pire. Et vla que le Vatican par la bouche du cardinal Rey annonce son soutien à l'archevêque. Si ce n'était pas aussi incroyable et si cette histoire n'était si délicate c'est à pouffer de rire. Vous lirez dans l'article que la promotion de la vie passe au-dessus du rapport au réel.

Je m'interroge sur la version de l'Ecriture qu'ils ont au Vatican. Je veux bien qu'ils lisent en grec le texte originel mais il me semble que la phrase : "Ce que vous faîtes au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous le faîtes" existe chez Saint Jean, en grec aussi  ! A croire qu'un embryon est plus important que la vie et le devenir d'une fillette de 9 ans. C'est ubuesque quand même comme situation. Nous sommes vraiment en droit de nous demander si l'Esprit souffle à Rome ou s'ils veulent solder les comptes avec les progressistes (remarque avec des décisions comme celà on devient très vite progressiste...) et confier l'Eglise à la branche dure. Où est le bon sens pastoral, où est la raison intelligente et le discernement si chère à cette sainte Eglise ????

En faisant un raccourci et à la lumière des dernières décisions du Pape quant à la levée de l'excommunication des 4 évêques intégristes (qui ne sont pas prêt d'accepter Vatican II...), il est vite fait de penser qu'il vaut mieux mépriser la communion de l'Eglise, insulter le Peuple Juif et la mémoire de l'humanité en assenant des aneries que de vouloir promouvoir le devenir d'une enfant frappée par un geste abject.

Je suis démuni et interrogatif quant à cette Eglise. J'accepte humblement de ne pas avoir toutes les clefs en main et de porter un regard vif sur cette affaire mais bon, tout de même, il y a des limites à la stupidité humaine. Ou alors, Rome est frappé par le principe de Peters... Dans ce cas, réjouissons-nous elle est vraiment en phase avec le monde !